Quête de virolos fantastiques et de paysages improbables, en mai 2008

Le Monteil,
Samedi, dix neuvième jour du mois d'avril de l'an de grâce deux mille huit.

Nous voici donc arrivés à destination. La bâtisse qui va nous accueillir pour cette nouvelle quête de ces précieux souvenirs est tout à fait charmante.
Cette étable réhabilitée, construite en bonne pierre, comme tous les bâtiments de la région, est composée de quatre chambres et d'une grande pièce à vivre. Dans une petite propriété perdue au milieu de nulle part, elle allait devenir notre camp de base pour les quelques jours à venir.
Mais avant tout, installons nous et préparons nous à une bonne nuit de repos avant de lancer la chasse.
Ce soir, il fait beau, un peu venteux, mais dans l'ensemble, nous avons bon espoir pour demain. Quoiqu'en disent les dieux du temps, nous prions tous en silence pour qu'ils revoient leurs jugements et nous accorde la clémence que nous somme venu recherché dans ces contreforts montagneux.

Le Monteil,
Dimanche, vingtième jour du mois d'avril de l'an de grâce deux mille huit.

Un premier réveil avant huit heures du matin me fait dire qu'en temps normal, je serais vraiment en retard pour mes obligations professionnelles. Comme il est bon d'avoir pris congé quelques jours, loin du tumulte parisien et de son chaos permanent. Les yeux me piquent encore et aucun bruit dans la maison ne trahit l'activité diurne d'un de mes compagnons ? Qu'il en soit ainsi, je me rendors.
Le second réveil survient plus de deux heures plus tard et je constate immédiatement que les compagnons, eux aussi, sont éveillés.
Petit coup d'oeil par la fenêtre et... Quelle déception. Mes prières de la veille n'ont pas l'air d'avoir été exaucées. Le ciel est gris, il y a un vent à décorner les boeufs. Je m'aperçois que j'ai rarement vue autant de nuances de gris dans un ciel de printemps. Les couleurs vont du gris clair légèrement bleuté, comme si le soleil tentait de le traverser, au "gris bleu noir" des nuages chargés d'eau et près à tout lâcher au premier signe divin.
La journée s'annonçait pluvieuse, mais n'écoutant que notre folie,nous décidions de forcer la chance après le déjeuné et d'aller écumer les routes de la région pour une première reconnaissance des lieus et des routes.
11h30, c'était le premier départ. Nos fières montures montraient toute leur impatience à vouloir courir dans cette contrée magnifique et ne voulant pas les décevoir, nous nous sommes lancés vers l'inconnu.
Nous voilà donc, les quatre cavaliers de l'apocalypse et leur passagère, lancés, tombeaux ouverts, sur ces petites routes sinueuses, parfaites pour combler nos besoins d'air pur et de grands paysages. Mais dès les premières lieus, les premières gouttes de cette pluie tant haïe se mirent à venir polluer notre vision et à mouiller nos armures de cuir si fragiles. Un bref arrêt pour nous équiper contre elle et nous voilà repartis, redoublant de prudence sur ces routes que nous ne connaissions point et détrempées par cette eau si précieuse, mais tellement fuie par les cavaliers tels que nous.
Aller, courage.
La destination n'était pas vraiment fixe, l'itinéraire lui commençait déjà à être plus précis et très simple : toutes les routes blanches et jaunes sur notre carte. Des virages, des virages et encore des virages. Malheureusement, il nous a fallu nous battre avec de la pluie, de la pluie et encore de la pluie.
Nous allions quand même bon train sur ces petites routes sinueuses auvergnates. Les paysages se succédaient, les virages aussi. Des petites épingles à cheveux pour passer d'une gorge à une autre, aux grandes courbes rencontrées sur les plateaux, il n'y avait qu'un seul regret dans nos esprits. La pluie.
Mais, bon gré mal gré, nous suivions notre chemin. La végétation, d'un vert luxuriant dans les gorges encaissées se transformait en landes presque désolées sur certains plateaux. La brume et les nuages favorisaient cette impression de désolation. La route, d'une excellente qualité eut été parfaite s'il n'avait été cette maudite pluie. Un véritable paradis. Les lignes droites rencontrée pendant l'après midi se comptant sur les doigts d'une main. Et finalement, même le temps se calma pour laisser place à de gros nuages qui ne se vidaient pas, telle la vessie bovine moyenne, sur nous, pauvres cavaliers solitaires.
Arrivés 14 heures, la faim commença à se faire sentir et nous nous somme donc arrêtés dans un troquet du Puy en Velay. Sympathique troquet, comptant son lot d'alcoolique notoire. La propriétaire nous proposa de nous faire un petit repas et nous nous sommes donc retrouvé attablé en train de manger pâté en croûte, steak, pâtes et légumes pour une somme, ma foi, tout à fait modique.
Et alors que nous ressortions du bistro, quelques gouttes commençait de nouveau à se faire sentir. C'était reparti...Et cette fois si, elle ne s'arrêta plus de l'après midi.
Et à chaque arrêt, une seule idée, cette maudite pluie qui nous pourrissait l'équipement, la vue et la vie.
Ô rage Ô désespoir, Ô pluie ennemie !
Mais bientôt la pluie ne fût plus notre seul souci. Nos montures avaient soif. Et leur évanouissement était proche. Encore quelques lieus tout au plus, nous allions devoir les abandonner pour continuer à pieds, si nous ne trouvions pas rapidement de quoi les sustenter. Et la pluie qui redoublait ne fit qu'ajouter à notre désarroi.
La chance et les renseignements précieux d'un habitant de cette campagne nous permirent de trouver ce lieu de distribution du liquide vitale à nos montures. Après avoir nourrit nos fidèles destriers, nous nous accordions un peu de repos, transis par le froid et dégoulinant de partout, quand nous avons finalement décidé que malgré tous nos efforts et tous nos sacrifices, les dieux avaient décidé qu'il pleuvrait ce jour et que nous n'y pourrions rien. Le retour au camp était donc notre dernière chose à faire.
"Par les chemins les plus rapides !», fût-il décidé. Nous avons donc pris le chemin du retour, laissant un peu tomber la cohésion du groupe pour favoriser l'allure adaptée à nos conduites personnelles. Et enfin, 15 lieux plus tard, nous voilà rentré dans cette grande maison qui nous attendait, accueillante, avec sa douce chaleur salvatrice, son café chaud et ses vêtements secs.
Un bon repas, un bref partage des expériences de la journée et une bonne nuit de sommeil composa notre activité du soir.

Le Monteil,
Lundi, vingt et unième jour du mois d'avril de l'an de grâce deux mille huit.

Le temps semble vouloir se montrer plus clément aujourd'hui. Le vent c'est fortement calmé et le ciel, quoi qu'encore menaçant voudrait faire croire qu'il ne nous tombera pas sur la tête comme pendant toute la journée de la veille.
Pendant que deux d'entre nous partaient chercher les vivres qui nous permettrons de tenir jusqu'en fin de semaine, les autres passèrent la matinée en vérification du séchage des gants, des chaussures, des pantalons cuir, des blousons cuir et même des casques.
Bref, après un frugal repas, nous pouvions enfin partir.
Cette fois ci, nous avions décidé de ne pas trop nous éloigner de la maison, juste au cas où la pluie reviendrait pour nous pourrir la vie.
Aller, c'est reparti pour ces magnifiques routes, sèches pour changer, toutes plus viroleuses que les autres, un bitume accrocheur et plutôt en bon état. Je confirme bien mon impression de la veille, cette région est un véritable paradis pour les motards.
Nous enchaînions les virages essayant toujours de parfaire nos trajectoires.
Aller Jean, rentre moins vite dans la courbe pour accélérer un petit peu tout au long du virage.
Voilà, ça marche un peu mieux. On essaye de rentrer encore moins vite pour accélérer un peu plus.
Oui enfin bon. Tu n'es pas obligé de repasser en mode vélo non plus.
Aller, un petit effort. Ta moto ne peut pas tomber de toute façon. Suit Eric devant toi et passe à la même vitesse que lui.
Voilà, comme ça.
La courbe arrive, frein, tu rentres tranquillement dans le virage, un petit filet de gaz et dès que tu vois la sortie, grand gaz !
Ca marche bien une fois, deux fois... Bon et bien voilà. Tu as enfin récupéré tout ce que tu avais perdu pendant un an en région parisienne.
Raaaaah....
Un p'tit gauche, un grand droite, un grand gauche, un petit droite, un épingle à cheveux et on recommence.
Le pied ! C'est le pied !
Aaaaaaaaaaaah ! Je hais Paris et ses routes de merde !
C'est décidé. Dès que j'ai des sous, je m'achète une maison ici et j'y passe deux mois par ans !
Gauche, droite, gauche, gauche, droite...
Mouah ah aaaah que c'est bon. Nom d'un p'tit bonhomme en mousse, que c'est bon !

Aller, 60 kilomètres parcourus on fait un petit break dans un petit village charmant, aux maison toutes plus mignonnes les unes que les autres et un vestige de château médiéval à son sommet. Et là... Grrrr... Voilà la pluie se pointe.
Naaaaaaaaaaaan !!!
Bon, on regarde à l'horizon. Le vent vient de par là, les nuages noirs aussi, forcément, on va donc essayer de les éviter en partant pas là bas. Perception de la carte, choix des routes, rééquipement des motards et allumage des machines.
Hop, on quitte la ville et on se renfonce dans les petites gorges. Retour au paradis.
Notre ouvreur Vincent, comme à son habitude, sur son nouveau TKM 950 prends son pied à tout faire au frein moteur et à ne toucher à la poignée qu'en cas d'extrême urgence. Derrière, Eric, sur son Buell, qui s'amuse à parfaire ses trajectoires et à s'amuser. Derrière lui, moi, sur ma Ducati, tentant d'améliorer mes passages en petites courbes. Et enfin, François et Aurore sur le CB 500, qui reprennent leurs habitudes en duo sur petite moto.
Nous avons réussi à semer la pluie, les routes sont sèches et les gorges déployées... non, encaissées.
La maîtrise de la machine se faisait de plus en plus précise. Les trajectoires de plus en plus belles. La vitesse de mieux en mieux adaptée. Et finalement, les automatismes revenant, le plaisir se faisait plus intense. C'est donc le sourire aux lèvres que je conduisais ma belle en suivant Eric sur ces routes magnifiques.
Mais bientôt l'heure de rentrée se précisait. Lors d'un arrêt nous décidions de changer notre itinéraire pour fuir ces nuages, plus que menaçant, qui pointaient à l'horizon. Horizon pas si lointain d'ailleurs car en montagne, la vue ne porte jamais.
Nous nous renfoncions donc dans les petites vallées et gorges, sur des chemins bien sympathiques et se prêtant à merveille à notre passion.
De retour à la maison, nous entretenions nos montures avant de nous préparer pour les activités du soir, apéritif, repas et repos.
Mais des pas traînants se firent entendre dans le petit chemin caillouteux qui remonte vers la terrasse. Le voisin remonte le chemin à notre rencontre tenant une petite bouteille de bière à la main et un grand sourire sur le visage.
Après un salut, bref mais courtois, il nous offre cette petite bouteille ne nous précisant bien que ce n'est pas de la bière.
- De la mirabelle, ce n'est pas de la bière, c'est de la mirabelle. On la fait avec le voisin à coté là. Elle est bonne vous savez.
- Merci beaucoup. On était au Ricard, ça vous dirait d'en boire un avec nous pendant qu'on goûte votre mirabelle ?
- Oui, merci.
Après qu'Eric ait servie la mirabelle, nous nous regardions avec un regard interrogateur. Le quel d'entre nous va boire le précieux breuvage en premier ? La scène des "Bronzés font du ski" en mémoire, Aurore jette un oeil à la bouteille pour vérifier qu'il n'y a pas un crapaud séché dedans.
Mais non, finalement, personne n'a été malade, personne n'est devenu aveugle ni aucun effet secondaire du genre.
Bref, s'en suivirent quelques anecdotes racontées par notre cher voisin.

Le Monteil,
Mardi, vingt deuxième jour du mois d'avril de l'an de grâce deux mille huit.

Aujourd'hui, le temps est vraiment maussade et la météo semble confirmer les signes que nous envoie le ciel. Il va pleuvoir. Nous décidons donc d'une journée tranquille avec un petit tour en voiture l'après midi pour ne pas avoir à refaire sécher tout notre équipement après deux heures de chevauchée fantastique.
Il n'y a donc pas grand-chose à raconter. Nous avons visité un petit village sympathique, avec beaucoup de maison à l'abandon. Mais, petite note d'espoir, beaucoup d'entre elles sont quand même en cours de réhabilitation. Je ne sais que ce qu'elles vont devenir, mais des idées de village refuge motard naissaient dans nos esprits.
Ici un gîte. Non, ici, une ruelle de gîtes, dans la grande cours là, la partie garage et dans la grange ici, la section entretien des motos. Dans le petit château, la partie bar-restaurant-pub-salle commune. En bas du village, la station essence, bien cachée pour ne pas casser le charme ambiant. Enfin, un lieu idyllique, entouré uniquement de petites routes fantastiques. Un petit avant goût du paradis.
Cette région est vraiment fantastique. Pleine de villages comme celui-ci, avec de petites et grandes bâtisses de pierre, construites pour durer, pleine d'un charme d'un autre temps. On aura beau parler de l'aspect pratique et esthétique des maisons modernes, rien ne pourra remplacer le charme et l'âme de ces constructions du millénaire dernier. De la simple bergerie à l'église percher au haut d'un piton rocheux, toutes ces constructions semblent être éternelle, intemporelle, parfois même féerique.

Le Monteil,
Mercredi, vingt troisième jour du mois d'avril de l'an de grâce deux mille huit.

Le temps se veut plus clément, nous décidons donc de nous lever aux aurores pour partir user nos pneus dans la lumière matinale. Le temps étant sensé se gâcher l'après midi.
N'écoutant que le maître cartographe, encore plus que notre courage, nous partons donc sur les routes, sans trop nous éloigner du camp de base au cas où le ciel déciderait de nous punir d'une faute que nous n'avons sans doute pas conscience d'avoir commise. Mais la nature était juste en ce jour. Car la matinée de beau temps se prolongea tard dans la journée.
En fin d'après midi, nous décidions de doucher nos belles. Après tout ce qu'elles avaient subis ces derniers jours, il était normal de les choyer une peu, même si ce n'était que pure folie éphémère, vu la rapidité du changement de temps dans cette contrée.
Après une brève halte, nous nous préparions donc à repartir, quand une de nos montures décida de rester sur place. Devant l'incompréhension totale, nous lui avons donné quelques coups de bâton. Non en fait, nous l'avons simplement poussée quelques mètres pour l'aider à redémarrer, pensant naïvement que le jet d'eau à haute pression avait touché quelqu'endroit sensible l'empêchant de poursuivre plus avant.
Une fois l'incident clos, nous poursuivions notre route de retour quand, quelques gouttes de pluie se firent sentir. Préférant la prévention aux soins, nous nous sommes arrêté pour nous équiper pluie.
Et là, rebelote, la CB ne veut rien savoir et décide, non seulement de ne plus démarrer mais en plus de ne plus éclairer, clignoter ou même fournir le moindre volt nécessaire au bon fonctionnement d'un véhicule.
Un bref examen montra notre relative incompétence à réparer la panne, mais souleva le problème de température de la batterie, ce qui était plus qu'inquiétant. Donc, nouvelle répartissions des passagers. Aurore, chevaucha avec Rico sur le Buell et François fût obligé de rouler sans lumière, utilisant le moins possible de frein pour que le feu stop n'épuise pas les dernières ressources de la batterie.
Il nous restait à peine cinq lieues (environ 20 km) à parcourir et nous avions bon espoir d'y parvenir sans faire appel à l'assistance. Mais il en fût décidé autrement.
Le dernier kilomètre ne fût point. La dernière côte n'a jamais été franchie. Impossible. Pas assez de réserve dans la batterie pour alimenter correctement les deux cylindres du moteur et, branlante, elle n'avait plus assez de puissante pour grimper la dernière côte.
Par égard aux bons et loyaux services que la CB avait rendus, nous ne l'avons pas purifiée par les flammes et sommes aller quérir de l'aide auprès d'un fermier voisin pour la remorquer jusqu'à notre gîte. Le sens de l'accueil et du service des gens de la région ne faillit pas à sa réputation et c'est en quelques minutes qu'un "quad" remorqua la pauvre moto fatiguée jusqu'à nous.
Il était déjà vingt heures passées et nous ne pouvions pas laisser les choses comme elles étaient, toute la nuit. Nous avions besoin d'un diagnostique plus précis.
Nous savions la panne située autour d'une des deux sources de vie de la moto. La première étant l'essence, la seconde est l'électricité.
N'ayant aucun matériel pour tester la validité de la batterie, nous avons donc démonté celle de la Ducati pour la brancher sur la CB. Ce qui était pressentit se révéla vrai. La batterie est morte. Première chose à faire demain matin, aller en chercher une neuve, la remonter et aller faire tester le tout chez un concessionnaire. La panne la plus flagrante étant un défaut de régulateur.
Une fois ces travaux effectués, nous pouvions enfin nous sustenter et prendre un repos bien mérité.

Le Monteil,
Jeudi, vingt quatrième jour du mois d'avril de l'an de grâce deux mille huit.

Hier soir le CB nous a révélé de graves problèmes de batterie. Ce matin, très tôt, François prit la voiture (beuark !) pour ce rendre à Langeac, chez le petit concessionnaire Honda histoire de remplacer la pièce défectueuse, en acheter une nouvelle quoi. Une fois celle-ci montée, nous l'avons accompagné pour qu'il aille diagnostiquer le problème exact. Régulateur ou alternateur ?
Après un rapide test de charge de batterie, il devint clair que le régulateur était HS. François en commande donc un neuf, puisqu'il était impossible d'en trouvé, ni à Langeac, ni au Puy en Velay, ni même à Clermont Ferrand. Intéressant phénomène pour une pièce qui se change quand même assez souvent. Enfin je pense.
Bref. Nous retournons rapidement au gîte pour y déposer le CB et prendre son conducteur et sa passagère en passagers. François monte derrière Rico et Aurore derrière moi.
Et nous voilà repartis par monts et par vaux sur les routes (blanches et jaunes uniquement) vers Laguiole. Vincent ayant des velléités dépensières.
A peine avions nous quitté le département de Haute Loire, que les routes perdaient de leur qualité. Bizarre je trouve. Je ne pensais pas ce département d'Auvergne si riche. Mais peut être qu'une grande campagne de réfection du réseau routier venait de s'achever.
Qui sait ? Pas moi en tout cas.
Nous faisions donc une petite halte à Laguiole pour faire des courses. Mais déjà, à peine l'heure terminée, l'appel du bitume se faisait pressant en moi et je commençais à m'ennuyer. Le magasinage n'est vraiment pas une activité pour moi. Mais alors vraiment pas.
Finalement, après un temps qui me semblait une éternité, nous avons fini par reprendre la route et nous rentrer au gîte.
Il faut dire que dans ces régions, il ne faut pas réfléchir en kilomètres mais en heures. Même en moto, 60 km peuvent prendre une heure de route pour être parcourus. Alors quand nous avons vu que la distance pour revenir s'approchait des 130 km par les petites routes. Nous nous sommes même décidé à faire le plein de d'essence pendant que nous avions une source à disposition.
Car si on peut faire un reproche à la campagne auvergnate c'est bien son manque de source de carburant. Etre obligé de gérer ses itinéraires en fonction des estimations d'existence de stations essence, c'est quand même assez peu naturel.
Pendant toute notre exploration des routes auvergnates, la seule crainte qui se soit vraiment imposée à nos esprits, pourtant déjà très perturbés, fût celle de tomber en panne d'essence. Tout le reste a été absolument fabuleux.
Nan mais sans déc' ! C'est plutôt rare quand je fais de tels compliments, alors profitez en bien.
Mais revenons à ce retour au gîte, en cette fin d'après midi du jeudi. Et donc, avec ma passagère, nous voilà partis sur les routes, suivant nos compagnons d'aventures, comme les saltimbanques d'une époque depuis longtemps révolue, à la recherche du lieu de notre prochain spectacle. En guise de spectacle donné, c'était plutôt un spectacle reçu. Et je dois avouer que le spectacle des paysages, des villages perdus et des routes viroleuses, nous a vraiment ravis ce jour.

Le Monteil,
Vendredi, vingt cinquième jour du mois d'avril de l'an de grâce deux mille huit.

Second jour de duo. Pas tout à fait guéri des courbatures de la veille, je me réveille paisiblement, dans la paix rassurante de la campagne auvergnate. Je suis encore une fois le premier debout. Ce n'est pas grave, je vais aller préparer le café et j'aurai même le temps d'aller fumer une cigarette seul sur la terrasse. Mon petit plaisir du matin.
Bientôt 9h, je surprends quelques mouvements venant de l'intérieur, sans doute l'odeur du café aura réveillé les instincts de quelque motard assoiffé de virolos le poussant à combattre le sommeil pour envisager une dernière journée de bonheur avant un retour dans sa région de résidence.
Nous voici deux, puis trois et enfin au complet. Le p'tit déj' se passe et nous nous préparons tranquillement à aller, de part les chemins et les routes, par tous les itinéraires parallèles vers des lieus qui m'étaient encore inconnus à ce moment. Une ambiance comme on les aime pendant les vacances.
11h, le départ à sonné. Rico monte sur sa Buell, Vincent sur son KTM prêt à accueillir François et enfin moi sur ma Ducat' accueillant Aurore. Et voilà. Embrayage, première et départ tranquille le temps de faire chauffer moteur et pneus.
Ce fût une grande après midi. Ma passagère et moi-même étions moins crispés que le veille, et même si j'étais un peu trop fatigué pour profiter à fonds de cette route paradisiaque, je me suis quand même bien amusé.
Enfin, c'est décidé, je n'aime pas le duo. A moins que ce ne soit un sentiment fortement influencé par la moto. Après tout, ce n'est un petit 750 et je ne sais pas si je ressentirais la même chose sur un ST2 ou ST3.
En tout cas, c'est décidé, je n'ai pas le duo.
Le soir nous rentrons, encore une fois, fourbus, fatigués mais heureux et la tête remplie de ces paysages fantastiques traversés toute la journée.
Pendant l'apéro, nous discutons de nos impressions, tout en préparant le barbecue. La viande de Charolet est au prix de la viande ordinaire dans le nord, nous en profitons donc pour en faire une orgie. Ce soir encore nous avons une petite visite de notre voisin et lui offrons un dernier Ricard pour le remercier de la "petite prune" qu'il nous avait offert le deuxième jour.
Après l'apéro et pendant que le barbecue se mettait à température, nous avons préparé les belles pour le chemin du retour du lendemain.
Vérification des lumières, de la chaîne, du niveau d'huile et sur-gonflage des pneus en prévision de l'autoroute.
Après un bon repas, petite séance de flipper sur le PC portable l'appel du lit se fit ressentir et le départ prématuré pour les bras de Morphée, enfin pour les bras de ses muses en ce qui me concerne, n'était plus maintenant une option, mais une obligation.

Le Monteil,
Samedi, vingt sixième jour du mois d'avril de l'an de grâce deux mille huit.

Le réveil fût difficile ce matin. Quelques réminiscences de courbatures contractées les jours précédents font que certains mouvements deviennent douloureux. Voilà ce que c'est que de s'improviser conducteur en duo quand on n'en a pas l'habitude.
La seconde raison est qu'aujourd'hui, c'est le jour du retour dans cette maudite région parisienne. C'est la fin des vacances. La fin des routes paradisiaques que l'on a arpentées pendant une trop courte semaine. La fin de l'insouciance et le retour à la normalité morose de la vie d'un travailleur anonyme dans la population monstrueusement en surnombre de la région parisienne.
Ainsi soit-il !
Ce matin donc, c'est grand nettoyage et préparation des sacs pour le départ... Dans le désordre.
Un sentiment nostalgique envahit la troupe, surtout en apercevant ce magnifique ciel bleu qu'il nous faut abandonner. Les routes auraient été si belles et confortables aujourd'hui.
C'est donc la mort dans l'âme que nous nous sommes attachés aux tâches ménagères avant de charger les motos, de remplir le grand coffre du Picasso et d'attendre le propriétaire du gîte pour l'inspection de sortie des lieus.
Avec ceux qui repartaient vers le nord, nous avions décidé de ne reprendre l'autoroute qu'à partir de Clermont Ferrand pour profiter un minimum des derniers virolos que nous offrait la région.
11h. Nous voilà donc partis.
Le Monteil, Langeac, Issoire. Plein d'essence... Enfin... Recherches approfondies dans la ville pour pouvoir trouver, au bout de deux tours du centre ville, une station essence.
Ouf !
Mais c'est vraiment le bordel ce bled !
Bon enfin. Maintenant, il faut retrouver la route pour Clermont Ferrand.
Mais qu'est-ce que c'est que ce bordel ?!
Autoroute ! Autoroute ! ON NE VEUT PAS PRENDRE L'AUTOROUTE !
Connerie !
Les seuls panneaux d'indications dans ce bled tout pourri sont ceux qui nous ramène inlassablement à... L'autoroute !
Fait chier !
Bon, benh on va la prendre cette connerie d'autoroute alors.

Quelques heures plus tard. Nous voici sortis de l'autoroute dans les environs de Rambouillet et nous retrouvons ces horreurs de files de voitures qu'il nous faut remonter tranquillement.
La transition reste brutale. De la paix et des virages d'Auvergne nous atterrissons méchamment dans la circulation, certes fluide mais néanmoins très chargée de la R.P. avec son lot de voiture, de camion et de moto.
De moto oui, car ce samedi est un jour ensoleillé et tous les motards de la région sont de sortie, en troupeau plus ou moins compact. Je peux même apercevoir dans leurs yeux des étincelles de plaisir alors que dans les nôtres, ce serait plutôt le désespoir qui se lirait.
Bref, nous passons les deniers kilomètres à doubler des voitures à chaque occasion et à saluer les dizaines de motards que nous croisons.
Ce retour à la maison est d'un triste... Quelle horreur.
Arrivé à la maison, fourbue par ce morne voyage, nous nous empressons d'aller faire quelques emplettes pour notre repas du soir.
Demain matin, mes amis vont repartir chez eux et je vais, quant à moi, me préparer à retourner au boulot lundi.

Mareil sur Mauldre,
Dimanche, vingt septième jour du mois d'avril de l'an maudit deux mille huit.

Aujourd'hui est un jour de déprime. Il fait beau. J'irai même jusqu'à dire qu'un imonde soleil dégoulinant de béatitude malsaine inonde le jardin. Les vacances sont finies. Demain je retourne au boulot et je retrouve les longues lignes droites emplies de voitures de la région parisienne.
Destin cruel...