Aller retour Nord-Sud, en août 2009
Depuis une quinzaine de mois, j'avais envoyé un dossier à l'Ambassade du Canada pour un dossier d'immigration permanente. Ayant reçus mon Visa en avril, j'ai préparé mon départ pour le samedi 29 août 2009 vers le lointain continent américain.
J'avais donc prévu fin août, de faire un petit aller-retour Paris Montpellier pour aller dire au revoir à la petite frangine et à sa famille.
Ayant arrêté toute activité professionnelle le 14 août, je suis tranquillement parti le dimanche.
Mon itinéraire était simple, Melun, Fontainebleau, Nemours, Courtenay et ensuite, plus une seule grosse route jusqu'au bout.
D34, D950, D955, D1, D7, D2, D977...
Alors bien sur, ce n'est pas folichon, mais c'est forcement mieux que l'autoroute n'est-ce pas ?
Une fois rendu à Nevers, D13 et D29 jusque Moulins puis D989 et D480 pour Lapalisse et enfin... Le plaisir du deux-roues commence.
La journée finie sur de la vraie route. DE LA VRAIE ROUTE ! Rhaaaa...
D7 jusqu'Au Maillet de Montagne et D62 jusque Molles. La route était si plaisante que j'ai raté la maison où je devais faire une pause pour la nuit. Obligé de faire demi tour.

Arrivé à destination, j'avais le sourire jusqu'aux oreilles tellement les 30 dernières minutes étaient plaisantes. Aller hop. 380 km de parcourus. Je passe une fin d'après midi tranquille avec bière saucisson et soleil en campagne profonde. Mon dieu que c'est agréable ça aussi.
Pendant ces quelques heures de repos, j'imaginais déjà les 10 heures qui m'attendaient le lendemain pour rejoindre Montpellier en passant voir un pote à l'Isles sur la Sorgue... Tout petit détour. Ha ha.
Et j'avais franchement hâte d'y être.
L'itinéraire est presque aussi simple que celui de la première étape : plein de petites routes et pas de grosses.
La Maillet de Montagne, Thiers, Augerolles, Ollergues, Ambert et ses 20 km de ligne droite, Arlanc, Retournac, Yssingeaux, Tence, Saint Agrève, Privas, Montélimar, on traverse le Rhône ici et hop, Vaison-la-Romaine et l'Isle sur la Sorgue.
Il va falloir bien dormir ce soir parce que la journée va être longue.

Réveil 6h30 à cause du manque de bruit. C'est effrayant la campagne quelque fois. Ha ha. Bref, café, pain grillé, clope, douche et on s'habille pour la belle qui m'attend sagement en se prélassant sous le soleil matinal auvergnat.
Départ vers 8h. Je pousse la belle sur l'herbe jusqu'au bord de la route, je démarre, débraye, passe la première, accélére un peu et rembraye et hop !
Par terre la Ducati. Et moi avec.
Putain de roue arrière qui était encore dans l'herbe humide de rosée.
Fait chier !
Mais bon, passée la poussée d'adrénaline, je nettoie ma monture de la terre et de l'herbe qui se s'est glissée sous le carénage et je la laisse reposer quelques minutes pour ne pas noyer le moteur avec les flux et reflux de carburant, à quelque pas de la flaque d'essence qui macule me sol.
Tout en fumant une cigarette, je passe 15 minutes à rassurer la belle-mère de mon frère en lui expliquant que c'était une erreur de débutant et que je fairais attention promis et que non, la moto n'a rien et que je ne me suis pas fait mal et qu'il faut que j'y aille parce que sinon je vais vraiment être en retard sur les horaires que je me suis fixé.
8h20, nouveau départ. Bises, casque, clé de contact, contact, permière et brooOOOAAAAAAH !...
Cette fois ci sans encombre.
Ha ha ha !!! A moi les petites routes auvergnates. A moi le plaisir infini de chevaucher une machine fantastique sur des routes fantastiques au milieu de paysages fantastiques.
Ca ne faisait pas 30 minutes que je roulais que j'étais déjà en train de rire aux éclats dans mon casque.
J'enchaînais les virages les uns derrière les autres sans problème, sans circulation, sans nuages, sans pluies, sans lignes droites, sur un bitume parfait. Cette région est vraiment le paradis du motard.
Mon dieu que j'ai pris mon pied ce jour là. Pas d'excès de vitesse, ça ne sert à rien. Tout le plaisir de la moto est dans les virolos. Et là, à cet instant précis, je savais que le paradis existait et que j'en avais un avant goût autour de moi.
Mais le temps passe vite et je voyais déjà l'heure de mon rendez vous à l'Isles sur la Sorgues qui arrivait à grand pas, mais la distance qui m'en séparait, elle, ne raccourcissait pas si vite.
C'est bien la montagne, mais il ne faut plus compter en kilomètre pour mesurer les distances, il faut compter en heures.
J'ai fini par arriver, vers 15h, au lieu de midi, pour le café, dans le jardin, en terrasse, près de la piscine, à l'ombre. Oui, à l'ombre, parce que de ce coté de la France, il fait une chaleur tout à fait infâme et dégoulinante.
Après une grosse heure de pause, je salue mes amis et reprends la route pour la troisième et dernière étape : l'Isle sur la Sorgue, Sain Rémy de Provence, Arles, et tout droit en Camargue, Aigues Morte, La Grande Motte, Pallavas, Fabrègues.

Cette partie ci est bien moins intéressante. Quoi que les paysages de Camargue sont aussi magnifiques à voir, surtout en fin de soirée avec la lumière qui décline.
J'arrive à destination il est 20h, je suis crevé, j'ai mal aux fesses et j'ai faim. Un peu plus de 550 km et 10 heures de route, on a beau dire, mais ça épuise quand même.
Après 4 jours sur place, je reprends ma belle pour le chemin du retour. Mais j'ai pris du retard, j'ai un avion à prendre dans 4 jours, et je n'ai toujours pas mis en carton mes affaires, ni fait le tri de ce que je garde, ni pris contact avec la boite qui va envoyer ma malle au Canada, ni... Au oui, j'ai encore du boulot. Il ne faut pas que je traîne.
Je pars donc assez tôt, 8h30 en me disant que je profite de l'autoroute jusque Saint Flour, ou Issoire et qu'ensuite, je traverse l'Auvergne par les petites routes pour finir par les nationales en approchant du Bassin Parisien.
Mais après 30 km d'autoroute, je commençais déjà à m'emmerder. J'ai tenu jusqu'à Millau où j'ai quitté l'autoroute.
J'ai donc traversé Millau puis j'ai foncé vers les Gorges du Tarn, que j'ai remontées avec un plaisir fou, ensuite je me suis enfoncé dans le Parc des Cévennes pour prendre plein Nord vers Le Puy en Velay, où j'ai fait une pause café-sandwish.
Ensuite, le chemin habituel, un bout de N102, puis D906 jusque Thiers. D201, D122, D49 jusqu'au Maillet de Montagne et D7 jusque Lapalisse.
Seconde pause. Déjà 550 km parcourus. Je commence à en avoir plein les pattes. J'ai mal au fesses aussi. Je commence à me rappeler les sourires de certains qui me disaient que j'était fou faire une telle distance sur une brèle de nain taillée pour la course. Mais il est toujours hors de question que je me rejette sur l'autoroute.
Je continue donc sur ma lancée, Dompierre, Decize, Nevers. Là je prends plus ou moins la direction d'Auxerre par les petites routes, Clamecy, Avallon. Me voyant trop à l'Est, je reprends vers le Nord-Ouest, Courson, Toucy, Dicy, Courtenay. 300 km de plus.
J'en ai plein de cul. Il est 20h30. J'en ai vraiment plein de cul. J'ai des courbatures, les genoux en compote, la tête qui commence à se trouver à l'étroit dans mon casque. Putain, j'en ai mare.
Aller, tant pis pour mes bonnes résolutions, je fini par l'autoroute. A19, puis A5, sortie Melun.
Arrivée à destination, à 21h30, rompu, décalqué, déchiré, affamé, crevé... Plus jamais je fais 1000 km en moto dans la journée pour traverser la France.
Les trois dernières heures étaient franchement pénibles. La dernière demie heure, un véritable enfer.

Sur le moment je me suis dis que je ne referai plus jamais cette erreur. Je n'ai plus 20 ans après tout. Mais à 20 ans, je n'avais pas le permi moto non plus. Enfin. Vu le mal que j'ai eu à me déplier pour me lever de la moto et à me plier pour retirer les Cat' et le patalon de cuir avant la douche. Je crois que je ne referais pas la mème chose l'an prochain.
Mais ça ne m'a pas empêché de recommencer en avril 2010 lors de trop courtes vacances embellies par un temps vraiment pourri dans le sud. Mais ceci est une autre histoire.
Pour voir quelques photos de ce voyage, rendez vous sur la galerie photo - Août 2009
Jeannouille