Tour de France, en avril 2010

Habitant au Canada et n'ayant toujours pas fait venir ma belle Ducati ici, j'ai profité de deux semaines de vacances en avril pour faire le plein d'émotions bitumineuses.
Mais ce fût une expédition des plus horrible en fin de compte. Tout a commencé avec une éruption volcanique, quelque part en Islande, m'obligeant à décaler d'une semaine mes congés. Si ce n'était que ça, ce ne serait pas si grave, mais tous mes plans de rencontres amicales ont été déjoués et bien plus important, la météo très clémente du mois d'avril fût remplacée par un temps horrible de fin avril. Mais cessons là nos plaintes inutiles.

Je décollais donc de Montréal le 23 avril, pour atterrir à Paris le 24. Gentillement transporté par mon pote le Rico, j'arrivais chez mon frère, gardien fidèle de la belle, en milieu d'après midi.
Je vous passe les détails des retrouvailles puisque ce n'est pas du tout le sujet de cette page.

Dimanche, bien reposé, je reprends les rênes de la moto pour une petite balade vers Moret sur Loing. Petite balade, juste histoire de reprendre ses habitudes et repère après 8 mois sans monter.
Je ne sais pas si ça vous est déjà arrivé de trouver que le bus accélère fort, de trouver que les freinages du métro sont vraiment puissants. Et bien après 8 mois sans moto, c'est exactement ce que je ressentais lors de mes trajets boulot – maison.
Je ne vous raconte donc pas l'agréable surprise de l'accélération du petit bicylindre en L de 750 cc de ma belle quand j'ai doublé, comme une balle, une clio sur une route de forêt entre Fontainebleau et Melun.
"Oh putain oh putain oh putain que c'est bon !
Pardonnez le langage mais c'est à peu près tout ce qui pouvait sortir de ma bouche sur le moment. Ca et une espèce de râle guttural profonds remontant des tripes et me forçant à rire aux éclats dans mon casque.
"Aller, on recommence. C'est trop bon. C'est trop bon. Putain que c'est bon !!!"
Je crois que les deux seuls souvenirs que j'ai de ce dimanche sont cette rentrée motardesque et le tournedos rossini préparé par ma belle soeur.

Lundi, petite visite aux anciens collègues de Calyon. Et sur le chemin du retour, histoire de me remettre dans le bain, une petite voiture bleu tous gyrophares allumés me fait signe de me ranger sur le bas coté pour me coller une prune.
Ca fait du bien d'être rentré au pays je ne vous raconte pas.
Mardi, petite visite aux anciens collègues de la BNP. Maintenant, je me souviens pourquoi je déteste Paris et pourquoi je suis si heureux d'avoir fuit cette infâme région.

Mercredi, repos tranquille avec les neveu, nièces et belle soeur, tout en préparant mon départ du lendemain pour le sud.
J'ai mes livres d'image sur le Canada, mon sirop d'érable, ma carte bleu, quelques fringues, mon appareil photo et la moto. Je suis près, je suis près, je suis fin près pour descendre chez des potes à Saint Julien de Peyrolas. Vous ne connaissez pas ? C'est juste après la sortie des gorges de l'Ardèche. J'en rêvais toute la nuit de ces gorges fantastiques.

Mon itinéraire est toujours aussi simple. Le moins possible d'autoroute, le plus possible de petites routes blanche ou jaune sur ma carte. Donc, Melun, Fontainebleau, Nemours, A6 et A77 jusque Nevers, Moulins, en suivant le plus possible les bords de Loire, Lapalisse.
Et c'est là que je commence vraiment à prendre mon pied.
Lapalisse, Le Maillet de Montagne. Thiers, Olliergues, Ambert et ses 15 km de ligne droite, Retournac, Yssingeaux, Saint-Agrève, Le Cheylard, Privas, Aubenas, Vallon-Pont-d'Arc, les gorges de l'Ardèche jusque Saint-Martin-d'Ardèche et là, on s'arrête parce qu'on vient de se faire 700 km en presque 12h et qu'on est sur les rotules.
Heureusement, mes potes Belges en vacances en Provence se font un plaisir de me remettre sur pieds à grand renfort de nourritures, solide, liquide et intellectuelle.

Je me souviens particulièrement d'une route, en fait je ne sais plus son petit nom et je n'arrive même pas à me souvenir dans quel coin elle peut bien être. Quelque part entre le Cheylard et Privas me semble-t-il. Ca pourrait être la D120 mais... Je ne suis plus sur de rien. En tout cas, c'est une route magnifique, sinueuse à souhait, sans trop d'épingles à cheveux, un revêtement impécable, une petite rivère à gauche et des falèses à droite, pas trop de circulation, en résumé, une heure de pied total. C'était comme si le monde déroulait devant moi un espace de bonheur inouï et infini. Je ne pouvais m'empêcher de sourire et de rire. Je me sentais léger, intemporel, iréel et pourtant, fantastiquement physique et préoccupé par des choses très concrète comme le régime moteur, les trajectoires, les vitesses, l'angle. Toutes ces notions étaient à la fois théorique et bien pratique. Je pensais et j'appliquais dans la foulée. J'avais tout le temps nécessaire pour travailler mes trajectoires, jouer avec les changements de vitesses et de régime, prendre plaisir à mettre la poignée dans le coin et de me jeter comme un fou sur les freins. Et pourtant, je n'arrive pas à me souvenir de ces gestes et réflexions comme étant conscientes ou réfléchies ou séparées. Cela formait un tout. Comme si, comme cela arrive en de rare occasion, je ne faisais plus qu'un avec mon corps. Le moi physique et le moi intellectuel n'était qu'un être unique, unis et indivisible. Ce fût une expérience tout à fait délicieuse. Le paradis sur terre. Et j'en était proche, avec cette route, j'était libre, heureux et comblé. Je n'ai vu passer ni le temps, ni l'espace. Un instant fugace de bonheur terrestre.

Une journée de repos et je reprends la route pour aller visiter les parents, qui viennent d'emménager dans la région, et ma petite soeur et sa famille près de Montpellier.
Petite promenade ne direz vous, 170 km en un peu plus de 3h30. Hé hé hé...
Saint-Martin-d'Ardèche, plein Est vers le Parc des Cévennes, Barjac, Alès, Anduze, Lasalle, Saint-Hyppolyte-du-Fort, Pompignan, Saint-Martin-De-Londres, Montpellier, Fabrègues et stop !
Maintenant j'ai faim.

Aller, je vous passe les 4 jours de pluie que j'Ai eu sur place. Il faisait tellement beau que je me suis acheté des vêtements de pluie sur place. Et la veille de mon départ, mon père remontant dans le Nord m'a prévenu qu'il avait neigé dans le nord des Cévennes et qu'ils avaient fermé l'autoroute, que c'était les Saints de Glace et que traverser l'Auvergne n'était pas forcement un bonne idée. D'un autre coté vu la tempête dans le Golf du Lyon, je ne me sentais pas trop en sécurité sur ce coup là.
Mais j'ai préféré le vent à la neige. La neige j'ai fait une fois entre Pontoise et Courbevoie avec un Mostro 900... Plus jamais !

J'ai donc affronté le vent et la pluie de Béziers à Carcassonne, et jusqu'à Toulouse, et jusqu'à Montauban. Ca a commencé à se calmer au niveau d'Agen. Mais c'était sans compter le micro climat de Bordeaux. J'ai eu de la pluie de 50 km avant jusqu'à 50 km après Bordeaux. Merci les vêtements de pluie tout neuf. Il faudra que vous donne la marque parce qu'ils sont bien efficaces.
Et ensuite, Beau temps jusqu'à Niort. Où j'ai fait une pause chez mon pote le Mitch.
650 km d'autoroute, avec du vent, de la pluie, du froid, du chaud... L'horreur totale.
Mais la chaleur d'un foyer accueillant et d'une très bonne soirée m'ont fait oublier mes misères et c'est le coeur léger que je suis reparti le lendemain pour Melun sur les petites routes pour un trajet de 500 km et arriver à bon port pour le repas du soir.

Ma belle Ducati de 1992 a fêté ses 18 ans et ses 85 000 km en mai. Et je suis fier de cette petite.
Vivement l'an prochain que je la retrouve en pleine forme pour une autre vadrouille.

Pour voir quelques photos de ce voyage, rendez vous sur la galerie photo - Avril 2010
Jeannouille